Mes randonnées en autonomie : récits, photos, cartes, traces GPS, matériel, nourriture (HRP, Carpates, Islande, Laponie, Japon, Pyrénées, Corse, Pamir...)

23 mai

Une nuit en enfer.
Une journée en enfer.

Sans conteste, je vis parmi mes pires heures en randonnée. Durant la nuit, je me réveille parce que j’ai un peu froid. Je vois alors dans le auvent de ma tente mes chaussures en train de flotter… DE FLOTTER ??? Il pleut des trombes en continu. Mon petit emplacement sympathique s’est transformé en marécage. L’eau est montée et continue de monter, tout mon matos flotte sur plusieurs centimètres d’eau dans le auvent. L’eau a commencé à se déverser dans la cuvette de ma tente, et mon duvet est mouillé par endroits. Mon téléphone a pris l’eau et est mort (heureusement il refonctionnera le soir après avoir séché). Je déplace en catastrophe ma tente de 2m pour la mettre dans la pente, ce qui me permet d’être sur un sol trempé mais non gorgé d’eau. J’ai réussi in extremis à sauver le plus vital pour ma sécurité : duvet et doudoune. Mon appareil photo est intact aussi. Le reste est totalement gorgé d’eau.

Avant que l’eau ne monte, j’étais hyper bien calé dans ma tente sous la pluie…

Le matin c’est dur de se motiver pour se lever parce que la pluie continue aussi fort. Je prends mon courage à deux mains, et décampe trempé de partout. Et là c’est rapidement pire qu’escompté : la température a chuté, il pleut à verse, il y a du brouillard et peu de visiblité, et surtout du vent à gogo. Tout ça non stop. La pluie me fait mal tellement elle me fouette. J’avance tête baissée pour que mon chapeau me protège le visage. Je vérifie même si c’est bien de la pluie qui tombe et pas de la grêle. Impossible de faire la moindre pause, j’ai trop froid et il n’y a nulle part où s’habriter de la tempête.

Tout le sol s’est transformé en un immense marécage. Il y a des torrents partout, je n’arrive plus à faire la différence entre chemin et torrent, alors je trace tout droit. Les rivières ont beaucoup gonflé et je dois en franchir une avec de l’eau jusqu’aux genoux. Je n’enlève même pas mes chaussures, ça ne sert à rien tellement je suis trempé…. Je dois bifurquer de vallée et passer un col escarpé. Je ne vois presque rien et me guide à la boussole, et vaguement à la topographie. Mais le col n’est pas évident à trouver. Pour une fois en randonnée, je ne suis pas hyper rassuré : je suis trempé, j’ai froid, mon duvet est en partie mouillé, et après avoir passé la journée compressé il sera sûrement très humide, perdant ainsi son gonflant. Si je me trompe de chemin, et ne parvient pas à atteindre Inchnadamph, je ne sais pas si je pourrai passer une nuit en sécurité.

J’arrive tant bien que mal au col où le vent est dantesque. Mes doigts sont engourdis et je n’arrive plus à ouvrir mon sac ou serrer la ceinture de mon pantalon, j’ai perdu trop de motricité. Il faut que j’avance vite. La descente escarpée n’est pas facile non plus, je dois faire attention de ne pas me vautrer. J’arrive sur les coups de 14h30 à l’auberge de jeunesse d’Inchadamph. Là j’y retrouve Sam et Dave, qui sont arrivés il y a 1h avec Jan et Aby, deux anglais qui font aussi le CWT. Ils se sont croisés le matin et ont passé le col ensemble pour se rassurer. Jan tremble encore de froid alors qu’il est ici depuis 1h. Aby m’accueille par un « You’re safe here » : je dois avoir une sale tronche. La gérante nous offre les restes du repas de midi : des fruits à gogo, du fromage, de la salade… que du bonheur ! Aby me fait bien marrer : « Le français est là, alors le fromage arrive ! ». Sur quoi je réponds : « Et il est où le vin ?? ». Quelle journée dantesque. Je ne suis pas rassuré pour Hanna, qui marche seule et avec peu d’expérience…

Vers 17h, Hanna et Graham arrivent avec Frank, un allemand. Les deux sont exténués, Graham a le regard terrifié. Frank a croisé Hanna alors qu’elle avait fait demi-tour, incapable de franchir la grosse rivière, et l’a convaincue de venir avec lui, guidé par son GPS. Puis ils ont récupéré Graham, perdu dans la vallée, à errer ne sachant pas où aller. Cette journée a fait des dégâts… D’ailleurs Hanna et Graham décident de rester toute la journée de demain dans l’auberge (à mon retour en France, Hanna me dira même qu’en fait elle a abandonné). Jan et Aby prennent un taxi et sautent deux étapes. Frank va passer par une variante plus facile, principalement sur route. Sam et Dave prévoient comme moi de continuer sur l’itinéraire principal : la météo ne prévoit pas de pluie avant 14h, donc je vais partir tôt et tracer. Sam me propose de manger avec eux du bacon et des œufs qu’ils ont achetés à l’auberge, et qu’il prépare selon une recette dont j’ai oublié le nom, c’est super sympa ! C’est bien gras, mais ça fait du bien dans ces conditions 🙂

L’auberge de jeunesse / hôtel d’Inchnadamph, un havre de paix sous ce temps